Faut-il supprimer mutuelles et assurances complémentaires ?

La question peut paraître saugrenue, mais elle se pose réellement.

Le système de santé français se caractérise par une complexité assurantielle unique au monde qui fait coexister un assureur santé obligatoire quasiment unique, et une myriade de mutuelles et d’assurances complémentaires. L’historique est particulièrement intéressant :

  • A partir de 1946 : généralisation de la sécurité sociale et des prélèvements obligatoires pour la financer. Les soins médicaux et médicaments sont remboursés à 80% (taux en baisse régulière). Les 20% restant constituent le Ticket Modérateur, destiné à lutter contre l’abus de consommation de soins.
  • Pour faciliter l’accès aux soins, le Ticket Modérateur est pris en charge par les mutuelles et assurances complémentaires puis création de l’ALD et de la CMU-C, aboutissant à une gratuité de fait des soins courants pour une majorité de la population.
  • Face au risque d’abus de consommation de soins lié à cette gratuité, introduction du forfait hospitalier de 18€, étendu à certains actes techniques, et surtout des franchises sur chaque acte et médicament délivré.
  • Pour faciliter l’accès aux soins, instauration du Tiers-Payant Généralisé (TPG) dispensant les patients de l’avance de frais.

En pratique, l’intérêt de ces mesures successives destinées alternativement à limiter ou encourager les soins ne paraît pas évident. Certains proposent de faire passer le remboursement par l’Assurance maladie à 100% du tarif conventionnel pour tous y compris lunettes et prothèses dentaires, de supprimer les franchises et fortaits,  et de ne garder les complémentaires que pour les dépassements d’honoraires, voire d’interdire ce type d’assurance afin de responsabiliser patients et médecins face à aux dépassements.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Faut-il supprimer les mutuelles et assurances complémentaires ?

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30 réflexions au sujet de « Faut-il supprimer mutuelles et assurances complémentaires ? »

  1. MathieuB

    Le système actuel est devenu illisible et d’une complexité incroyable.

    1- CERTAINES CATÉGORIES MAL PROTÉGÉES
    Dernier exemple en date : couverture santé étudiante aberrante avec la SMENO qui se casse la gueule.

    2- DES COÛTS DE FONCTIONNEMENT OPAQUES
    Les divers mutuelles/assurances dépensent à tout va pour des campagnes publicitaires, partenariats commerciaux, locaux prestigieux,… Leurs comptes sont tenus secrets. La fourchette semble aller de 5 à plus de 35% de frais de fonctionnement. Les Health Care Insurances ont aboutis aux USA au système le plus coûteux selon l’OMS en 2011.

    3- DES ORGANISMES AVANT TOUT COMMERCIAUX
    On peut douter du caractère philanthrope des mutuelles/assurances qui ont des objectifs de rentabilité. La qualité des soins est/risque d’être sacrifiée. La dérive d’un tel systeme pourrait être de glisser d’une bonne protection vers le SENTIMENT de protection.

    Bref, le meilleur moyen d’assainir tout ceci semble bel et bien de revenir à un status unique mais il est sans doute trop tard.

    Néanmoins j’aimerais profiter du regard de nos aînés qui ont vu l’émergence des mutuelles.

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  2. FOESSER Fabien

    Je trouve la question mal posée, j’aurais proposé: faut-il rendre les mutuelles ou assurances complémentaires facultatives.
    Laissons la liberté de choix.
    Surtout, la proposition décoiffante que je ferais c’est:
    Faut-il exiger de nos députés une loi interdisant à une assurance complémentaire santé de faire des bénéfices ? (Ce qui revient à dire qu’on n’autorise que des vraies mutuelles à jouer ce rôle d’assureur complémentaire santé.)
    Nos députés qui se targuent de faire DU SOCIAAL devraient étudier cette proposition!

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  3. Jacques Marlein

    Pourquoi le Tiers-Payant Généralisé ne pose pas de problème aux médecins ailleurs qu’en France partout où il est pratiqué en Europe ?
    Parce que la spécificité française ce n’est pas la « frilosité » des médecins, c’est le double système assurantiel de remboursement (ou de tiers-payant) : partout ailleurs en Europe chaque assuré est remboursé (ou substitué pour le paiement) par un seul assureur, soit public, soit privé, pour la totalité des sommes dues. Il n’y a qu’en France que l’assuré (ou le médecin) en perçoive une partie une partie de l’assureur obligatoire (sécu) et une autre de l’assureur complémentaire.
    Avec les 600 ou 700 complémentaires différentes, les changements inopinés d’affiliation ou de contrat des assurés, les dysfonctions informatiques entre assureurs obligatoires et complémentaires et l’incurie voire la mauvaise foi des uns ou des autres, le TPG implique pour les médecins soit 15 à 20 % d’impayés soit la même proportion de temps de travail à téléphoner ou écrire pour tenter de récupérer les honoraires dus, soit le plus souvent un mix des deux.
    Intenable dans les conditions d’exercice actuelles.

    Pourquoi alors le TPG ne semble-t-il pas poser problème en France pour les pharmaciens ?
    Parce que les pharmaciens ont du dès l’origine embaucher du personnel dédié exclusivement à la récupération auprès des assureurs de leurs honoraires impayés : ils y ont été obligés car 15 à 20 % d’une consultation à 23 euros ça ne fait « que » 4,50 euros environ (sur 11,50 euros de marge bénéficiaire – 50 % – , malgré tout), mais 15 à 20 % d’une ordonnance de 150 euros expose à une perte de l’ordre de 25 euros (sur un marge bénéficiaire probablement autour de 30 % soit 50 euros); à 25 euros la récupération l’emploi supplémentaire induit est envisageable, à 4, 50 non.

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  4. canévet jp

    toute la couverture maladie à la sécurité sociale pour une vraie mutualisation des risques (chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins de santé). Ce serait un retour amélioré à l’esprit de 1945, fondateur de la sécurité sociale

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  5. Paul-Henri BOLLA

     » On empêchera pas les gens de se soigner » fut le commentaire laconique d’un de mes Maîtres dans les années 70, à l’occasion de je ne sais plus quelle « réforme » de l’assurance maladie…
    Les flux monétaires concernés sont tellement élevés que cela aiguise bien des appétits !
    Pour nos gouvernants de tous bords et de tous poils, déplacer les lignes budgétaires est l’un des sports favoris, par exemple pour atteindre les 3% de Maastricht sans le faire vraiment…
    Alors, un payeur unique qui se débrouille avec les multiples ponctionneurs ??
    Qui s’assurera que les ponctions ne seront pas démesurées ?

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  6. doc.plancher

    avant de débattre sur les complémentaires , la première mesure indispensable est l’unification de tous les régimes obligatoires , avec un alignement des cotisations et des remboursement sur le seul régime qui fonctionne depuis fort logtemps , à savoir le régime local alsace-moselle

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  7. Le Vagueres

    Supprimer c’est interdire. Non.
    Laisser le loup entrer dans la bergerie, non plus.
    Faire en sorte qu’elles n’aient plus, ou peu, lieu d’exister par l’organisation d’une solidarité digne de ce nom: oui

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  8. yem

    Ce serait génial de supprimer les assurances existantes basées sur le profit et recréer pour ceux qui le souhaitent, des mutualités citoyennes locales à l’échelle d’une ville ou d’un canton.

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  9. Borée

    J’ai voté « Oui », mais il faudrait sérieusement nuancer.
    Déjà, dans un marché européen ouvert, c’est juste impossible « d’interdire » les assurances complémentaires.
    Ensuite, dans l’absolu, ça ne me choque pas qu’on puisse souscrire à une assurance complémentaire pour « le luxe » (il existe bien des assurances santé pour les animaux de compagnies) : médicaments « de confort » (hum…), recours à des thérapeutiques alternatives (hum, hum…), conditions hôtelières particulières…
    Mais tout ce qui relève de la santé de base : consultations, médicaments à l’efficacité démontrée… devrait être pris en charge intégralement par la solidarité nationale.
    Et, comme ça a déjà été évoqué, on pourrait combiner ça avec une fusion de tous les régimes de base, héritages d’un système bismarckien qui n’a plus guère de sens aujourd’hui.
    Combiner ces deux choses, entraînerait des économies considérables en frais de gestion. Autant d’argent qui pourrait être bien plus utilement utilisé ailleurs.
    Et autant d’argent qui n’irait plus dans la poche de tous ceux, nombreux, qui ont intérêt à ce que rien ne change.

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  10. HUMBERT

    Je ne peux voter, car comment distinguer mon « oui, il faut supprimer les complémentaires pour un seul régime qui rembourse à 100 % » d’un autre « oui et que chacun se démerde pour le TM de 30 % »

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  11. Dubois

    La SECU assure le principal, laissons la liberté (et le risque) au patient de prendre ou pas une complémentaire et de choisir son niveau de protection… La gratuité c’est toujours les mêmes qui la paye pour les autres…

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  12. Hh

    Proposition de généraliser à toute la France le régime spécial Alsace Lorraine, où la complémentaire est gérée par la Caisse d’assurance maladie, ce qui de facto écarte assurances et mutuelles du champ de la santé primaire.

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  13. AA

    Si nous souhaitons un système de santé solidaire, tout le monde doit cotiser à hauteur de ses revenus pour que tout le monde ait accès aux soins, et personne ne devrait avoir à cotiser pour un assureur privé en supplément. Il faudrait un système  » 100% Sécurité Sociale ».
    Les assureurs privés sont à but lucratif, leur priorité n’est pas de donner accès aux soins mais de gagner de l’argent. Ceci est bien normal en soi, mais la santé ne doit pas être ainsi soumise à cette logique financière. La Sécurité Sociale à 100% redonnerait une dimension purement solidaire à notre système.

    Et enfin, il me semble très inapproprié de désigner les patients comme « consommateurs de soins » (terme pourtant utilisé par tous les médias). Si les gens sont malades, ils ont besoin d’être soigné, et ne sont pas dans une logique de consommation, mais bien de besoin.

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  14. FOESSER Fabien

    Après lecture de tous les commentaires, je proposerais bien une conclusion, mais j’hésite, c’est un peu trop révolutionnaire.
    Tant pis, je me lance:
    LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE
    (J’espère que les RG ne lisent pas ce site, je sens que mon audace pourrait me valoir un contrôle fiscal 🙂

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  15. lina silvera

    Lina médecin salarié
    je pense qu’il faut laisser le choix aux patients
    quand on est jeune on a intérêt à ne pas payer de mutuelles le calcul entre les cotisations et le reste à charge réél est vite fait
    ensuite ça peut être nécessaire
    par contre j’estime que la place qui leur est donnée est de plus en plus importante et inquiétante car les complémentaires recouvrent également des assurances qui ne pensent qu’à leur profit ce qui est très éloigné des fondements de la sécurité sociale
    de plus on va leur ouvrir l’accès aux bases de données de santé on nous assure qu’ils ne pourront pas calculer les risques et pénaliser les patients qui coûtent le plus cher
    je suis persuadée qu’ils pourront en tirer des profils très détaillés et précis….

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  16. Jean-François GRANGER

    Il faudrait laisser le choix aux patients de s’assurer auprès de l’organisme de leur choix, privé ou public, pour une prise en charge au 1er euro, comme cela se pratique ailleurs en Europe. Donc fin du double système incompréhensible et ultracomplexe sécu + complémentaires, source de bugs à répétition. Donc fin aussi et surtout du monopole de « la sécu » i.e. l’obligation de cotiser à une caisse unique obligatoire selon le régime (indépendant, salarié, agriculteur, fonctionnaire, etc…). Comme pour l’automobile, le client compare les offres et peut en changer quand il le souhaite.

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  17. abramovici

    OUI…mais c’est bien entendu un vœu pieux.64 milliards d’euros de frais de gestion d’économie c’est aussi un accroissement du chômage; pour mémoire les frais de gestions du RO (régime obligatoire) représentent la même somme et en pourcentage des sommes traitées, seul le régime Alsace et Moselle dont les compte sont particulièrement lisible sur leur site sont faibles (1.1, ceux de la Cnamts sont sans doute supérieurs à 20% quel que soient les chiffres estimés par leurs comptabilité).
    Donc proposition alternative: Suppression du TM et des mutuelles à condition que chaque mutuelle complémentaire devienne un organisme de gestion de l’assurance maladie donc puisse gérer le RO de ses adhérents, et que la concurrence laisse l’assuré choisir chaque année sa « mutuelle »: c’est le système allemand. Il s’accompagne d’un encadrement par l’état mais surtout par chaque parlement régional.

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    1. Dominique Dupagne Auteur de l’article

      Bonjour Francis

      Tu voulais sans doute dire 6,4 milliards ? C’est déjà beaucoup… Pour le reste, je trouve difficile de justifier des coûts inutiles par des emplois…

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